ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA COMMISSION
DE L’UNION AFRICAINE
S.E. PROF. ALPHA OUMAR KONARE,
A L’OUVERTURE OFFICIELLE DE
LA 8EME SESSION ORDINAIRE
DU CONSEIL EXECUTIF DE L’UNION AFRICAINE

KHARTOUM– LE 20 JANVIER 2006


Avec votre autorisation, je voudrais d’abord demander à cette auguste Assemblée de bien vouloir observer une minute de silence à la mémoire des soldats africains tombés sur le champ d’honneur, en dignes soldats de la paix.

Merci beaucoup !

Excellence Monsieur le Représentant du Vice Président du Soudan,
Excellence Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Madame la Présidente du Parlement panafricain,
Madame la Présidente de l’ECOSOC
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers Invités,

Cette 8 ème session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine se tient à un moment important, aussi bien pour la Commission de l’Union africaine que pour le continent africain tout entier, confronté aux défis de la paix et de la sécurité, particulièrement dans cette région.

Permettez-moi d’abord de saluer de façon remarquable les autorités du Soudan, de les remercier pour l’accueil et les efforts considérables déployés pour la tenue de ces assises de l’Union africaine, à l’occasion du 50 ème anniversaire de l’indépendance du Soudan que nous tenons à saluer. Je voudrais aussi , si vous le permettez Monsieur le Président, remercier nos nombreux partenaires au développement et amis de l’Afrique qui comme toujours ont répondu à notre appel. Je note cela surtout à cause de la façon remarquable dont, tout au long de l’année 2005, l’Afrique a été mise à l’ordre du jour de l’Agenda mondial, sous l’impulsion, il faut le reconnaître, de la Grande Bretagne. Mais la leçon à tirer de tout cela, c’est que quel que soit l’appui de nos amis, nous devons d’abord compter sur nous-mêmes. Parce que nous l’avons appris au cours des années, beaucoup de promesses ne sont pas suivies d’effet. Encore les nombreuses promesses faites depuis six mois risquent de ne pas être suivies d’effet si nous ne sommes pas plus unis et si nous ne comptons pas davantage sur nous-mêmes. Je voudrais aussi adresser mes remerciements à la société civile africaine dans toutes ses composantes, pour son accompagnement constant.

Monsieur le Président,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres ,

Je voudrais de façon particulière féliciter Monsieur Abdoulie Janneh, nouveau Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, pour sa brillante nomination. Nous savons que nous pouvons compter de façon particulière sur lui qui, dans d’autres fonctions au niveau du PNUD, a accompagné, sans calcul, toutes les actions que l’Union africaine a eu à mener. Je voudrais aussi féliciter Monsieur Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement qui a été de tous nos combats et qui, j’en suis convaincu, nous permettra de passer à la vitesse supérieure, dans la mise en œuvre de tous nos projets. C’est également l’occasion de féliciter de nombreux autres africains nommés à la tête de l’Agence de l’Energie atomique, de l’ONUDI, de la FAO, de l’OMC.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Avant d’aborder les questions d’éducation et de culture qui sont les thèmes dominants de nos rencontres, il ne faut pas que l’actualité nous le fasse oublier, il me paraît important de remercier le Conseil exécutif tout entier, qui a accepté de repousser sa séance extraordinaire prévue en novembre 2005 à Addis Abeba, pour permettre à la Commission de l’Union africaine d’achever la préparation de son budget 2006. Des obligations incontournables m’ont empêché de participer hier, 19 janvier, à vos travaux consacrés à l’examen du budget 2006.

Le budget que vous avez bien voulu nous accorder , nous ferons tout pour qu’il nous permette d’améliorer nos méthodes de travail, grâce à la Transformation institutionnelle, d’atteindre des résultats à la hauteur de la confiance que vous avez placée en nous. Je suis heureux de constater que dans peu de temps, le Conseil exécutif débattra des questions fondamentales liées à la structure de notre budget et à l’appropriation de nos programmes. Soyez assurés que la Commission travaillera en étroite collaboration avec le Comité des représentants permanents pour que ce débat prévu au mois de juillet prochain reflète les attentes des uns et des autres. Aussi, la Commission dont les moyens humains vont être renforcés mettra-t-elle tout en œuvre pour s’assurer de la bonne exécution des programmes et projets prévus dans le budget 2006, dans le respect strict des principes de Bonne gouvernance, d’équité, de justice, d’équilibre régional et du genre.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je l’ai dit tantôt, les peuples africains ont besoin de paix et de sécurité ; et en ont assez, je dis bien assez, des conflits. Je ne m’étendrai pas sur le problème du Darfour que vous connaissez si bien. Mais je voudrais insister auprès de tous les acteurs de la crise du Darfour pour qu’ils redoublent d’efforts et fassent preuve de dépassement afin que les pourparlers d’Abuja aboutissent et créent les conditions d’un règlement politique définitif de la crise. Je le dis, l’Afrique a fait sa part. Elle a mobilisé ses enfants pour elle-même bien sûr, elle a su mobiliser aussi le soutien de nos partenaires ; pour elle-même bien sûr, mais l’Afrique a fait sa part et dans cette part, je dis que nous sommes dans l’attente que nos frères du Soudan - tant du gouvernement que des mouvements rebelles - fassent leur part. Nous sommes encore dans cette attente !

Excellences, Mesdames et Messieurs,

La situation en Côte d’Ivoire ces derniers jours est devenue inquiétante après la grande lueur d’espoir qui a salué la nomination du nouveau Premier ministre, sur une base consensuelle, dont la tâche essentielle est de parvenir à organiser des élections régulières et transparentes, en harmonie avec le Président de la République et tous les autres acteurs de la vie politique ivoirienne.

Ici aussi, j’en appelle aux uns et aux autres pour qu’ils fassent confiance à leur Communauté économique régionale, la CEDAO, à l’Union africaine et à la Communauté internationale dont le rôle est de les accompagner pour que leur pays retrouve la paix et la prospérité.

De manière générale, la Commission a effectué des pas décisifs dans la résolution des conflits en Afrique, quand on voit se qui se passe en Sierra Leone, au Liberia, en République démocratique du Congo, ce qui s’est passé au Burundi. Mais on perçoit de plus en plus que nous devons mettre l’accent sur la prévention des conflits. Nous devons nous doter pour cela d’outils et de mécanismes d’observation et d’intervention politique qui nous permettront de prévenir les conflits ou, à tout le moins, de circonscrire rapidement lorsqu’ils éclatent en cherchant à obtenir un règlement politique des crises. Ce chemin est le seul viable pour l’Union africaine car le coût du maintien de la paix dépasse largement les capacités financières et organisationnelles de nos Etats membres.

Dans ce cadre, il faudrait peut-être revisiter la Déclaration de Lomé  sur les changements anticonstitutionnels. A cet égard, la Commission a entrepris de larges concertations avec la société civile et les partenaires pour circonscrire le sujet et pouvoir formuler des propositions pertinentes aux Etats membres en tenant compte de l’évolution historique de nos sociétés et des exigences du monde actuel.

Par ailleurs, nous avons déployé des efforts en vue de promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance, les élections libres et régulières ainsi que le respect des droits de l’homme en Afrique. De concert avec les autres organes de l’Union, deux lignes d’action sont poursuivies à cet effet. Premièrement, il s’agit d’insister sur la lettre et l’esprit de la Déclaration de Lomé sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Deuxièmement, cela se traduit par les efforts persistants de la Commission en vue d’instaurer une culture de démocratie, l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme en encourageant des débats élargis sur les constitutions africaines ; le partenariat dans le cadre de la mise en œuvre des programmes prioritaires de l’Union sur la gouvernance, l’administration et la réforme de la fonction publique ; la prévention et la lutte contre la corruption ; la promotion des droits humains des hommes et des femmes à travers l’éducation, entre autres.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Education et Culture, voilà les deux thèmes phares de notre Sommet de Khartoum. La Commission a préparé les positions communes africaines de manière minutieuse à travers plusieurs réunions préparatoires à Alger à Nairobi et à Addis Abeba. Nous tenons à remercier les hautes autorités de ces pays pour leur attention particulière et leur disponibilité. Nous tenons aussi à remercier particulièrement le Directeur général de l’UNESCO et toute son équipe, singulièrement son équipe africaine. L’UNESCO a été à la hauteur de notre attente. L’UNESCO qui, ces dernières années, a déployé de gros efforts en direction de l’Afrique, à travers ses nombreux bureaux créés, à travers ses programmes spéciaux africains. Il s’agit aujourd’hui davantage pour nos structures continentales et régionales de nous doter de moyens pour pouvoir être des partenaires crédibles. Ceci me paraît être extrêmement important.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

J’espère que la décennie de l’éducation qui sera proclamée nous permettra de faire des progrès considérables dans l’éducation, notamment panafricaniste, de nos peuples et de notre jeunesse. Au plan de la culture, si l’année 2006 est proclamée année des langues africaines, la Commission redoublera d’énergie pour asseoir l’Académie africaine des langues.

L’année 2006 doit nous permettre d’assurer un suivi des remarquables conclusions du Sommet mondial sur la société de l’information de Tunis. En 2006, si vous en étiez d’accord, parce que les documents vous sont soumis, des projets très importants d’intégration liés à l’activité des compagnies aériennes, liés au projet de radiotélévision panafricaine soumis par l’Egypte pourront connaître de grandes avancées.

Je voudrais aussi insister sur la nécessité pour nous de donner un signal fort à nos peuples qui sont dans l’attente de voir la liberté de circuler dans tous nos pays se réaliser. Nous savons que la suppression des visas n’est pas pour demain. Mais nous savons que sur la base de garanties sûres, de documents infalsifiables, pourra être mis en circulation, un passeport diplomatique panafricain qui permettra à des titulaires bien déterminés de pouvoir circuler dans tous nos pays sans visas.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous avons un devoir de mémoire et de vigilance pour faire face aux projets visant à falsifier l’histoire, à relire l’histoire, notamment de l’esclavage et de la colonisation ; et bientôt aussi de l’apartheid et du génocide. Nous devons faire de ces combats un combat africain. Le premier acte, je dis bien le premier acte, et j’insiste sur cela, si on veut rétablir la vérité, c’est de reconnaître le tort qui a été fait à nos peuples. Nous ne pouvons pas accepter les re-écritures actuelles concernant l’histoire coloniale. Nous devons également être très vigilants sur les questions d’immigration et conserver l’initiative du débat. C’est dans le débat et non dans les actions unilatérales que de telles questions pourront être résolues. Il est important que cette question attire toute notre attention parce que nous sommes fortement interpellés par notre jeunesse et cette jeunesse est dans une longue attente, une trop longue attente. Nous devons le savoir, et c’était leur cri lors du Sommet France Afrique de Bamako ; mais c’était, depuis toujours, leur cri pour que l’on tienne compte d’elle. C’est la raison pour laquelle nous devons nous engager dans la refondation de nos systèmes éducatifs pour asseoir notre culture et préparer les générations futures à affronter les défis de la mondialisation, de la paix, de la sécurité et du développement.

Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je n’oublie pas enfin que ce 20 janvier, va s’ouvrir au Caire la 23 ème Coupe d’Afrique des Nations de Football. Il s’agit d’une grande fête populaire, d’une grande fête de la jeunesse. Il s’agit de l’Afrique qui gagne. Puisse l’exemple de cette Afrique qui gagne inspirer toujours nos travaux au service de nos peuples.

Que Dieu nous assiste !

Je vous remercie.