DISCOURS DU PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L'UNION AFRICAINE
6ème SOMMET ORDINAIRE DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT-
KHARTOUM, SOUDAN
23 JANVIER 2006


Excellence Monsieur le Président en exercice de la Conférence des chefs d'Etat de l'Union africaine,
Majesté,
Frère Leader,
Madame et Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Monsieur le Secrétaire général de la Ligue arabe,
Monsieur le Directeur général de l'UNESCO,
Messieurs les anciens chefs d'Etat africains,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif de l'Union africaine ,
Madame la Présidente du Parlement panafricain, Madame la Présidente de l'ECOSOCC,
Messieurs les Secrétaires exécutifs des Communautés économiques régionales,
Excellences,
Chers Invités,
Mesdames et Messieurs.


En venant ici à Khartoum en ce mois de janvier 2006, nous avons tenu à saluer le cinquantenaire de l'indépendance de ce vieux pays et de ce grand peuple. Khartoum, point de confluence où se côtoient et se mêlent les eaux limoneuses du Nil blanc et celles limpides du Nil bleu symbolise aussi la symbiose de l'Afrique avec elle-même. Le Soudan, terre de rencontres et de métissage, témoignera toujours pour l'Afrique une et diverse ; ce continent riche de sa culture et de son histoire.

Excellences,

Le devoir de mémoire nous obligera pour toujours à une vigilance pour réduire les actions négationnistes tendant à re-écrire, au besoin en la falsifiant, l'Histoire de l'esclavage, du système colonial, de l'apartheid et le fait du génocide rwandais.

Ce devoir de mémoire est un combat collectif africain. II nous oblige aussi à exiger réparation, c'est-à-dire reconnaissance des crimes commis.

II nous oblige également à créer les conditions d'éducation de notre jeunesse, de façon toute particulière.

Ne devrions-nous pas songer à mettre en place des comités permanents africains de réflexion et d'action composés de chercheurs, d'hommes politiques et d'universitaires sur chacun des thèmes précités ?

Messieurs les Présidents,
Excellences,

Nous venions aussi à Khartoum autant pour célébrer la paix, celle du Sud Soudan, retrouvée après près de trois décennies de conflit, que pour célébrer les vertus d'une paix gagnée.

Certes, avec la mise en place du gouvernement d'unité nationale que nous saluons, s'enclenche le processus pour la création du seul Soudan viable; c'est-à-dire celle du Soudan uni, pluriel et divers, du Soudan démocratique.

Cependant, nous devons constater que malgré tous les efforts déployés, (7 000 personnels militaires et civils sur le terrain auxquels nous tenons à rendre hommage) par les membres du Comité des chefs d'Etat créé à cet effet, singulièrement le Président Obasanjo et le Frère Leader Muammar Gaddafi, la question du Darfour avec son drame humanitaire, les risques nouveaux de contagion régionale, les attaques contre la Mission de l'Union africaine restent notre plus grande préoccupation.

II est important que toutes les parties soudanaises s'engagent réellement dans le cadre des pourparlers d'Abuja et respectent les engagements qu'elles prennent : au gouvernement de désarmer effectivement les milices, et aux mouvements rebelles d'indiquer à la Mission de l'Union africaine les positions occupées par leurs forces Ceci est une condition essentielle pour avancer.

Excellences,

Une autre situation, la situation en Côte d'Ivoire, est devenue inquiétante, surtout après la lueur d'espoir qui a salué la nomination, sur une base consensuelle, du nouveau Premier Ministre dont la tâche essentielle est de réussir le processus de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR) et de parvenir à organiser des élections régulières et transparentes.

Nous devons continuer à soutenir les efforts de nos frères et soeurs de Côte d'Ivoire, comme vous l'avez fait, Monsieur le Président, en veillant à préserver l'harmonie entre le Président de la République et le Premier Ministre de Côte d'Ivoire.

Personne ne peut durablement régler leurs problèmes à leur place, ni surmonter pour eux les multiples obstacles qui se dresseront sur leur chemin.

Nous en appelons à nos frères ivoiriens pour qu'ils fassent plus confiance à leurs voisins, à leur Communauté régionale, à l'Union africaine et à la Communauté internationale dont le rôle consiste à les accompagner pour que leur pays retrouve le chemin de la paix et de la prospérité.

Excellences,

Dans toutes ces situations de crise et dans les situations de violation des droits humains, le refus de l'impunité doit s'imposer à nous.

Nous devons aussi pouvoir prendre nos responsabilités pour que, par nous-mêmes nous fassions que l'Afrique soit une terre de justice, une terre où la justice peut être rendue en toute confiance.

Excellences,

Ce tableau, au demeurant sombre, ne doit pas cacher certaines avancées réelles. L'année 2005 est, semble-t­il, la première année qui n'a pas vu naître un conflit nouveau sur notre continent !

La Somalie bouge ! La RDC est en mouvement et a besoin de réussir son processus électoral grâce à l'implication de tous les acteurs de la vie politique nationale ! Le Burundi est en marche ! La Sierra Leone est en marche ! Les Comores enfin !

Le Liberia est debout et nous offre, pour son honneur et pour l'honneur de l'Afrique, avec Ellen Johnson Sirleaf, la première Présidente de la République élue de notre continent.

L'avènement de Ellen Johnson Sirleaf annonce d'autres femmes Présidentes en Afrique ! Plaise à Dieu ! Ce sera là, Excellences, un des succès de la politique du Genre que vous avez lancée il y a quelques années.

Mais, plus que tout, Excellences, c'est l'amélioration des conditions de vie des femmes d'Afrique qui devrait être la résultante du succès de votre politique du Genre.

Excellences,

Le cri de la jeunesse pour s'assumer et s'épanouir, lancé à Bamako en décembre 2005, est pathétique, mais plein de vie et d'énergie fécondes. Mais cette vie et cette énergie pourraient, à force de lassitude et de désespoir, se transformer en forces destructrices.

Nul ne saurait dire qu'il n'a pas entendu la parole des jeunes, les demandes des jeunes pour plus de libertés, de droits, d'éducation, de santé et d'emploi. La jeunesse d'Afrique revendique toute sa place. Car c'est_elle, qui est aujourd'hui l'Afrique, et qui sera demain encore l'Afrique !

Excellences,

Ces problèmes, posés par toutes nos populations en quête de mieux-être , de justice, de solidarité ne pourront être résolus que dans le cadre d'un véritable agenda pour l'Afrique, élaboré par les Africains eux-mêmes et à partir de l'Afrique.

Excellences,

Comme vous l'avez toujours dit, nous ne pouvons plus nous contenter de promesses toujours faites et jamais tenues par beaucoup de nos partenaires. « J'avoue, en toute honnêteté, avec toutes nos excuses, que je voudrais encore être convaincu que les mesures annoncées en juillet et en septembre derniers connaîtront un sort différent des précédentes annonces ».

Nous aurons, pendant longtemps encore, besoin des autres, mais il y a exigence et urgence de solidarité. Mais nous ne pouvons pas attendre, nous ne devons pas attendre.

En vous écoutant Messieurs les Présidents, le vrai chemin à suivre et le seul qui vaille est :

  • d'assurer la bonne gouvernance dans nos pays ;
  • de mettre en commun nos expériences et nos ressources, et de tirer sans complexe, partie du potentiel de ceux de nos pays qui réussissent.

Le vrai chemin à suivre, avez-vous dit, est :

  • de créer les conditions de la transformation de nos matières premières sur place en Afrique, et aussi de créer les opportunités les meilleures d'échanges ;
  • de défendre ensemble les prix de nos matières premières.

D'autre part, Excellences, dans le cadre de ce sommet de Khartoum, vous avez bien voulu accepter que les deux thèmes phares soient Education et Culture, pour bien marquer que pour nous, Culture est « source et ressource », et pour bien marquer le caractère « libérateur » de l'Education.

La Commission de l'Union africaine a élaboré les positions africaines à travers plusieurs réunions ministérielles et d'experts facilitées par le concours de l'UNESCO dont je voudrais saluer et remercier le Directeur général, Koï chiro Matsuura, et toute son équipe.

L'UNESCO a déployé ces dernières années, de gros efforts à travers divers bureaux régionaux et de nombreux programmes spéciaux pour le continent. II reste à nos structures continentales et régionales, à s'élever à la hauteur des partenariats proposés.

J'espère, Excellences, que la deuxième Décennie de l'Education qui sera proclamée, parce que mieux gérée de façon vivante et non bureaucratique et reposant sur un Observatoire permanent de l'Education, nous permettra de faire des progrès considérables dans l'éducation, notamment panafricaniste de nos peuples et de notre jeunesse.

Au plan de la culture, si !'année 2006 est proclamée Année des Langues africaines, tel que cela a été recommandé, la Commission de l'Union africaine redoublera d'efforts pour asseoir l'Académie africaine des langues et lancera la nouvelle Charte culturelle Panafricaine.

Excellences,

Dans la mise en oeuvre de son programme 2006, toute notre organisation devra veiller à ce qu'après le Sommet réussi de la Société mondiale de l'information à Tunis, l'Afrique conserve l'initiative si elle entend réduire la fracture numérique.

II importe, dans ce cadre, que tous nos pays adhèrent et contribuent au Fonds mondial de solidarité numérique créé à l'initiative du Président Abdoulaye Wade, lors du premier sommet mondial tenu à Genève, en 2003.

D'autre part, Excellences, l'intégration africaine, dans le domaine de la libre circulation des personnes et des biens ainsi que celui de l'information, devra connaître des avancées significatives car il s'agit de répondre à une des principales attentes de nos populations.

A cet égard, trois projets me semblent essentiels :

d'abord, si vous en étiez d'accord, le passeport diplomatique africain, infalsifiable, sécurisé sous le contrôle des Etats qui serait mis en oeuvre dès cette année. Ce projet a fait l'objet de présentation lors de nombreuses réunions.

I! sera cependant nécessaire d'avancer à moyen terme, sur les dossiers de la suppression des visas d'abord entre les pays d'une même Communauté économique régionale et ensuite entre Communautés économiques régionales.

II est aussi indispensable, Excellences, comme beaucoup d'entre vous l'avez souhaité, que nous ayons entre nous africains, un débat ouvert et franc sur la question de l'immigration, que les seules mesures policières et sécuritaires ne sauraient régler. Les solutions durables ne sauraient reposer que sur l'expression de solidarités plus fortes et la réalisation de projets de développement.

Nous ne pouvons pas accepter les traitements dégradants et inhumains infligés à nos ressortissants qui sont loin d'être des délinquants.

Les multiplications de mesures de non droit liées à la recrudescence d'actes racistes banalisés dans les stades et sur les écrans sont un signe inquiétant pour notre monde d'aujourd'hui. D'autre part, nous ne pouvons pas accepter les mesures unilatérales et sélectives consacrant une nouvelle forme de traite, la traite des cerveaux.

Excellences,

Prévue aujourd'hui dans le cadre des mesures visant à faciliter la circulation sur le continent, la réunion des Compagnies aériennes africaines devra se pencher sur le coût des billets d'avion, l'interconnexion des vols sur le continent et enfin, la sécurité et la sûreté aériennes.

Le dernier projet, celui de la télévision panafricaine, initié par la République arabe d'Egypte sous l'impulsion du Président Moubarak devra contribuer à la qualité de l'image et de l'information sur l'Afrique et aider à forger une conscience panafricaniste, notamment dans les domaines de l'éducation et de la culture.


Messieurs les Présidents,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Cette année 2006 sera aussi l'année de quelques grandes célébrations qui devraient retenir notre attention :

L'Année internationale Senghor, proclamée par la Francophonie, pour célébrer le centenaire de la naissance du poète Président, du grand panafricaniste Léopold Sédar Senghor, un des pères fondateurs de l'OUA.

L'année 2006 devrait être également celle de grands rendez-vous du continent avec d'autres grands ensembles : l'Amérique Latine, l'Europe, la Chine.

Enfin, Messieurs le Président, Excellences Mesdames et Messieurs,

J'ai conscience du rôle et de la Mission de la Commission que je préside dans la réussite de ces actions. Pour ce faire, nous devrions réussir notre transformation institutionnelle, améliorer par un recrutement rigoureux, la qualité de nos ressources humaines et aussi la qualité de la gouvernance.

Je reste persuadé qu'avec la réussite de nos programmes, nous disposerons de plus de ressources sûres, même si je reste préoccupé par le non paiement des cotisations et les difficultés que nous éprouvons à mettre en place d'autres sources de financement. Aujourd'hui, quatorze pays, soit presque le tiers de nos Etats membres, sont sous sanction, contre neuf en 2005.

Nous restons cependant confiants et déterminés, surtout après le tournant historique de Syrte 2005 qui a affirmé une forte solidarité de nos Etats et qui a indiqué l'objectif vers les Etats-Unis d'Afrique, avec la nécessité de dégager une stratégie claire avec ses étapes.

Je ne doute pas que le Comité présidentiel créé à cet effet, sous la présidence du Président Obasanjo, fera date. Comme le sera aussi le prochain sommet de l'Union africaine, prévu à Banjul en juin 2006 et qui sera surtout consacré à l'harmonisation et à la coordination des Communautés économiques régionales, piliers de notre Union.

 

Monsieur le Président,

Majesté,

Frère Leader,

 

Excellences Mesdames et Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,

Sous votre impulsion, Madame et Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement, et les actions portées par le Président Obasanjo, la voix de l'Afrique est aujourd'hui mieux entendue, la présence de l'Afrique est plus forte.

II en sera ainsi chaque fois que nous serons unis, chaque fois que nous serons solidaires, chaque fois que nous serons déterminés à nous battre comme c'était le cas en décembre dernier, à Hong-Kong, lors des négociations commerciales de l'Organisation mondiale du commerce.

Puisse cet élan de l'Afrique, marquer l'avancée de la renaissance de l'Afrique, renaissance inexorable si chantée par le Président Thabo Mbeki !

Rien, ni personne, ne pourra arrêter durablement ce soleil d'Afrique. Pas même ces orages du matin qui déchirent notre continent, que nous souhaitons passagers, très vite passagers.

Plein succès à vos travaux ! Que Dieu nous assiste !

 

Que Dieu veille sur notre pays, l'Afrique ! Je vous remercie.