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| Monsieur le Président, Permettez-moi tout d 'abord de vous dire à quel point je suis sensible à l'honneur que vous me faites en me donnant la parole devant cet auguste Conseil exécutif, pour la première fois aujourd'hui. Je suis heureux que cette réunion se tienne à Khartoum. Je voudrais remercier le gouvrernement et le peuple soudanais pour leur l'hospitalité. Je suis également heureux de pouvoir le faire peu de temps après ma nomination au poste de Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique (CEA). Je tiens à saisir cette occasion pour remercier chacun d'entre vous et vos gouvernements respectifs pour les encouragements et le soutien que vous m'avez apportés depuis mon entrée en fonction. En même temps, je voudrais exprimer mes sincères remerciements au Président Konaré pour son acceuil chalereux à mon arrivée à Addis Abeba. Mesdames et Messieurs les ministres, Avant d'entrer à la CEA, je travaillais au PNUD, organisme du système des Nations Unies qui est un partenaire clef de l'Afrique, engagé au service de son développement. Au PNUD, j'ai eu le privilège de collaborer très étroitement avec des pays africains pour soutenir leur programme de développement, et avec l'Union africaine, particulièrement avec le Président et les commissaires, pour appuyer le renforcement des capacités nécessaires à la mutation de l'institution, ainsi que l'agenda de l'UA pour la paix et la sécurité. Grâce à cette collaboration, et avec les dirigeants de la Commission, nous avons pu construire des partenariats solides pour appuyer les initiatives de développement de l'Afrique. Cette expérience a fini par me convaincre qu'un leadership africain fort est indispensable pour bâtir des partenariats efficaces qui permettent de répondre aux priorités de développement de l'Afrique. J'ai l'intention de consolider cette expérience positive, d'intensifier le partenariat et la collaboration entre la CEA et l'Union africaine et de tirer pleinement parti de la convergence des idéaux et des mandats des deux institutions, ainsi que de leur localisation commune dans la ville d'Addis-Abeba. Je note avec une grande satisfaction que la Commission de l'Union africaine partage entièrement mon enthousiasme et ma détermination. Excellences, Qu'est-ce que cela signifie en termes pratiques? Permettez-moi de partager avec vous quelques réflexions sur cette collaboration avant d'évoquer les questions à l'ordre du jour du présent Sommet. À mon avis, le rôle de la CEA consiste essentiellement à apporter aux États Membres un appui technique dans leurs efforts de développement, directement ou par l'intermédiaire de l'Union africaine. Pour que la CEA puisse mener à bien sa tâche, ses programmes doivent, et c'est là ma conviction, coïncider parfaitement avec les priorités africaines et être en totale harmonie avec les travaux de l'UA. La Commission de l'Union africaine et la CEA doivent donc être disposées à réfléchir, planifier et travailler en étroite collaboration, au service de l'Afrique. Ce partenariat privilégié nous permettra d'exploiter au mieux nos avantages comparatifs et les synergies possibles, d'éviter les doubles emplois et les chevauchements et, finalement, de façon à ce que nos deux instituions fournissent un appui et des services efficaces à l'Afrique. Toutefois, étant donné les défis redoutables auxquels est confronté le continent et les mesures audacieuses à l'échelon régional préconisées dans le Plan stratégique de l'Union africaine et le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) pour y faire face, il est de la plus haute importance, à mon avis, que la CEA, l'UA et la BAfD renforcent considérablement leur partenariat trilatéral. Au mois de novembre demier, j'ai eu le privilège de m'adresser aux ministres des finances africains lors d'une réunion organisée à Tunis par mon ami et frère, M. Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement. M. Kaberuka et moi-même avons débattu non seulement des grandes questions liées au commerce, à la dette et au pétrole, mais aussi de notre collaboration et des moyens de fournir un appui technique efficace à l'Union africaine le cadre de notre coopération trilatérale. J'avais également eu auparavant des discussions approfondies avec le Président Alpha Konaré sur les moyens d'optimiser notre partenariat personnel et institutionnel pour mieux servir l'Afrique, avec une efficacité optimale. Je note avec satisfaction une réelle convergence de vues entre nous trois sur les moyens de parvenir à cette fin. Pour cela, il nous faudra absolument relancer le secrétariat commun UA-BAfD-CEA sous la direction de la Commission de l'Union, et harmoniser et rationaliser les réunions de la BAfD et celles de la CEA. Permettez-moi également de dire quelques mots sur une autre question importante à laquelle je compte accorder une grande attention dans les mois qui viennent. II s'agit l'instauration au sein du système des Nations Unies d'une coordination et de partenariats efficaces au service du continent. La CEA collabore depuis longtemps avec les institutions des Nations Unies et avec d'autres organisations régionales et sous-régionales africaines. Je crois cependant que nous pouvons élargir considérablement la portée de cette collaboration et en renforcer l'impact. J'ai l'intention de réfléchir sur l'efficacite des mécanismes actuels et sur les moyens de renforcer la collaboration entre les institutions des Nations Unies en Afrique et mieux coordonner et harmoniser nos efforts pour éviter la duplication et renforcer notre impact sur le développement de l'Afrique, en collaboration étroite avec l'Union africaine et la Banque africaine de développement. Excellences, En 2005, nos dirigeants régionaux et nos partenaires de développement ont accordé une grande attention à l'Afrique et pris l'engagement d'intensifier les efforts consentis pour son développement. L'Initiative en faveur de l'annulation de la dette, le rapport de la Commission pour l'Afrique et le Sommet mondial de l'ONU, entre autres, ont tous contribué à placer les problèmes de développement de l'Afrique au coeur de l'agenda mondial. Des résultats ont été obtenus, notamment en ce qui concerne la dette, mais il reste encore beaucoup à faire pour relever réellement les défis de développement de l'Afrique. Nous devons maintenant veiller à ce que l'attention suscitée ne se dissipe pas et à ce qu'elle produise des résultats concrets. II importe que la communauté internationale tienne ses engagements concernant l'aide et qu'elle assure également la prévisibilité des ressources destinées aux pays africains. A cet égard, je souhaiterais mentionner l'important travail fait conjointement par la CEA et l'OCDE sur la responsabilité mutuelle et l'efficacité du développement en Afrique, en vue de suivre et de faciliter la mise en oeuvre des nombreux engagements pris par les partenaires de développement de l'Afrique, ainsi que les engagements que nous autres Africains avons pris à l'égard de notre continent et de nos peuples. Nous avons tout intérêt à mettre en oeuvre ce concept de responsabilité mutuelle, en particulier à la suite du Sommet du G8 tenu à Gleneagles. J'espère que vous formulerez des recommandations sur les moyens de mettre en oeuvre ce programme. II ne fait aucun doute que les relations privilégiées entre l'Union africaine, la BafD et la CEA sont également cruciales dans cette optique. Tout en exigeant, de nos partenaires qu'ils s'engagent, nous devons reconnaître qu'il est nécessaire de faire davantage pour résoudre les grands problèmes de gouvernance, de paix et de sécurité qui continuent d'entraver le développement. L'Afrique a fait des progrès remarquables dans ce domaine et le Mécanisme d'évaluation intra-africaine témoigne éloquemment de la détermination de l'Afrique à renforcer et améliorer la gouvernance. La CEA est honorée d'être un partenaire stratégique de la mise en oeuvre du mécanisme et elle continuera d'apporter sa contribution à cet égard. Monsieur le Président, Permettez-moi maintenant d'aborder la question des échanges, qui a elle aussi suscité beaucoup d'attention l'année demière et sur laquelle l'Afrique a exprimé ses préoccupations dans des instances mondiales. Le mois dernier, à Hong Kong, les négociations du Cycle de Doha se sont, encore une fois, déroulées moins bien que prévu, même si de modestes avancées ont été constatées. II faudra consolider ces avancées et les exploiter pour que l'Afrique obtienne sa part du commerce mondial dans le respect de règles du jeu équitables. Dans ce but, il faudra renforcer le rôle de l'Union africaine en tant que coordonnateur des positions de l'Afrique sur les questions commerciales dans les négociations multilatérales. Je suis convaincu que l'appui continu de la CEA, de la BAD et du PNUD le permettront. Je tiens à partager avec vous les grandes lignes des résultas de la Conférence Ministérielle de l'OMC à Hong Kong et particulièrement ceux d'intérêt pour l'Afrique. En ce qui concerne l'agriculture, il a été convenu de mettre un terme aux subventions agricoles d'ici à la fin de 2013, et non 2010 comme les pays africains l'avaient proposé. Pour ce qui est du coton, il a été décidé que les subventions aux exportations cesseraient en 2006 et que les exportations des pays les moins avancés vers les marchés des pays développés seraient exonérées de droits de douane et de quota lorsque les accords de Doha commenceraient à être mis en oeuvre. Toutefois, en ce qui concerne le soutien interne, question la plus importante dans les discussions sur le coton, aucun engagement précis n'a été pris.sll va sans dire que la phase de négociations sur les modalités sera cruciale pour déterminer les gagnants ou les perdants des accords de Doha. C'est pourquoi, les pays africains doivent être prêts à exprimer leurs préoccupations et à défendre leurs intérêts nationaux. Le commerce revêt une importance cruciale pour la croissance et le développement économique. II doit donc recevoir la priorité absolue, faire l'objet d'une attention soutenue et être intégré dans toutes les activités de l'État. Monsieur le Président, Lors du Sommet mondial sur la société de l'information, auquel j'ai assisté en novembre dernier en Tunisie, un large consensus s'est dégagé sur la nécessité d'accélérer l'édification de la Société mondiale de l'information, en la fondant sur des activités locales, nationales, régionales et internationales. Je suis heureux à cet égard de vous informer que la CEA travaille dorénavant en étroite collaboration avec l'Union africaine en ce qui concerne le Plan d'action régional africain sur l'économie du savoir, que nous avons conjointement lancé à Tunis. Je note également avec satisfaction qu'au Sommet de Tunis, les États Membres ont montré qu'ils appréciaient les efforts déployés par la CEA pour contribuer à l'édification de la société de l'information en Afrique, dans le cadre des partenariats solides qu'elle a établis sur ce continent et ailleurs. II va sans dire que vos collègues chargés de ces départements ministériels constituent un important groupe de soutien qui plaidera en faveur de la promotion des technologies de l'information et de la communication (TIC), dans leurs pays respectifs, aussi bien que collectivement sur le continent. Ceci est d'autant plus important que 2006 sera une année cruciale pour la mise en eeuvre de nos plans d'action nationaux et régionaux sur les TIC. Monsieur le Président, Les débats de la réunion de Tunis sur la Société de l'information sont particulièrement pertinents pour le présent Sommet en raison du rôle crucial de l'information et des TIC dans l'éducation et la culture. On se saurait trop souligner le rôle de l'éducation et de la formation dans la promotion du développement économique, social et politique. Elles jouent un rôle crucial dans le développement économique en fournissant à l'économie la maind'oeuvre qualifiée nécessaire. Elles contribuent également à promouvoir la santé des populations, le développement culturel, les valeurs démocratiques, la stabilité politique et l'édification de la nation. C'est pourquoi il existe une corrélation étroite entre le niveau d'éducation et de formation et le niveau de développement économique et social. En effet, des données venues du monde entier montrent que l'investissement dans le capital humain, qui se traduit par un niveau élevé d'instruction, en particulier pour les femmes, stimule la croissance et a d'importantes retombées. L'Afrique doit relever des défis redoutables à tous les niveaux de l'éducation et de la formation, en termes d'accès, de qualité, de pertinence et d'équité. Même si, depuis l'indépendance, les effectifs ont augmenté à tous les niveaux de l'enseignement dans les pays d'Afrique subsaharienne, le taux de scolarisation reste très faible. Le taux élèves/enseignants et le nombre d'enseignants non qualifiés ont augmenté, alors que le nombre de livres scolaires et les installations de laboratoire disponibles pour chaque élève ont diminué. La qualité de l'enseignement supérieur s'est également dégradée en raison notamment du manque de manuels et de revues, de l'indigence des bibliothèques et des laboratoires, de l'exode des compétences, de la démotivation des enseignants. Des programmes d'un autre âge, en décalage total par rapport à par l'évolution des connaissances, ne répondent pas aux véritables besoins des élèves et étudiants. Les inégalités en matière d'éducation, qu'il s'agisse d'accès, de qualité, de sexe, ou de répartition entre zones rurales et zones urbaines, voire entre groupes ethniques, sont également profondes dans beaucoup de pays africains. Les problèmes d'éducation en Afrique s'expliquent par de nombreux facteurs. Par exemple, les ressources allouées à ce secteur diminuent alors que la demande augmente. Ainsi, alors même que les gouvernements reconnaissent la nécessité d'investir dans l'éducation et la formation et qu'ils adoptent toutes sortes de politiques pour promouvoir la gratuité de l'enseignement primaire et appuyer l'enseignement supérieur, parce que l'État est sollicité de toutes parts et que ses rares ressources ne cessent de diminuer, les investissements dans l'éducation et les secteurs sociaux sont en-deça des besoins. L'éducation est également intimement liée à la culture. Les sociétés humaines sont régies par des ensembles de règles et de principes qui définissent leur culture et leur civilisation. Ces règles et principes reposent sur des traditions, des langues, des modes de vie et de pensée. Sur des valeurs culturelles qui reflètent le caractère et la personnalité de la société. La culture est donc l'un des principaux facteurs intégrateurs d'une société. Ainsi, comme le déclare la Charte culturelle de l'Afrique adoptée par l'OUA en 1976, l'unité de l'Afrique repose avant tout sur son histoire. La Charte culturelle de l'Afrique souligne l'importance de la culture dans la société africaine. Elle vise notamment à réhabiliter, restaurer, préserver et promouvoir l'héritage culturel africain. Ces valeurs énoncées en 1976, lorsque la Charte culturelle de l'Afrique a été adoptée, sont toujours d'actualité. Des efforts encourageants sont accomplis dans le contexte de l'intégration régionale de l'Afrique pour promouvoir la coopération culturelle entre pays africains, notamment par l'élaboration de protocoles sur la culture et les sports. Par exemple, un grand nombre de communautés économiques régionales mettent l'accent sur la promotion de la culture, comme le prévoient la Charte africaine et le Traité portant création de la Communauté économique africaine. Mais la vraie difficulté consiste à mettre la culture au coeur de l'agenda pour le développement de l'Afrique, au niveau national. En effet, par des politiques d'éducation optimales, les gouvernements africains peuvent élever les niveaux d'éducation et augmenter le capital humain, créant un cercle vertueux qui permette à l'économie d'augmenter sa capacité de produire et de créer des richesses, en tenant compte de nos ressources humaines, de nos connaissances et biens culturels locaux. Excellences, Le lien entre éducation et culture est également crucial pour la lutte contre la pandémie de VIH/sida, qui est l'obstacle le plus important au développement de l'Afrique et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement sur le continent. Le VIH/sida menace de compromettre les performances insuffisantes de l'Afrique en matière de réalisation des Objectifs du Millénaire, nous montrant que tous les objectifs sont liés et qu'ils ne peuvent être réalisés séparément. Indubitablement, il nous incombe à tous, en notre qualité de dirigeants, de faire davantage pour inverser cette tendance. Je constate avec satisfaction que la présentation du rapport intérimaire relatif à AIDS Watch Africa (AWA) au Sommet des chefs d'État et de gouvernement de cette semaine donnera l'occasion aux dirigeants africains, au plus haut niveau politique, de faire le point de la lutte contre la pandémie et de proposer des solutions pour l'intensifier. La CEA s'honore donc d'être associée à la Déclaration de Gaborone sur le renforcement de l'accès universel au traitement, à la prévention et à l'atténuation des effets. Nous sommes heureux de collaborer avec l'Union africaine, ONUSIDA, le Département britannique du développement international (DFID) et d'autres partenaires, à l'élaboration d'un consensus régional sur cette question primordiale. Nous savons que nos mécanismes sous-régionaux et notre collaboration de longue date avec les communautés économiques régionales seront utiles lorsque nous entamerons les quatre consultations sous-régionales que nous devons tenir d'ici à mars 2006 pour déterminer les obstacles à un accès universel.
Monsieur le Président, Pour conclure, je voudrais évoquer brièvement certains des défis auxquels nous continuons de faire face en matière d'intégration régionale. Les dirigeants africains aspirent à l'intégration régionale et à la création du marché commun africain depuis l'indépendance. L'objectif visé est clair. Un marché commun regroupant les 53 économies africaines, qui sont majoritairement petites et fragmentées, entraînerait des économies d'échelles qui rendraient les pays compétitifs. De grands progrès ont été accomplis dans certains domaines de la coopération régionale, mais il reste encore beaucoup à faire. Un effort soutenu sera nécessaire pour faire avancer le programme d'intégration de l'Afrique. II faudra notamment harmoniser les communautés économiques régionales (CER) et les rendre autonomes. Des CER trop nombreuses, mal coordonnées et peu appuyées ne seront pas suffisamment solides pour réaliser l'Union africaine que nous envisageons. L'harmonisation des CER est donc d'actualité si l'on veut que l'Union africaine dispose de piliers institutionnels solides pour le processus d'intégration continentale. Ils convient à cet égard de noter les efforts techniques combinés de la CEA et de l'Union africaine visant à concretiser le projet d' harmonisation. Je vous assure de notre appui continu pour aboutir à une décision du Sommet de l'Union africaine à ce sujet. Monsieur le Président, Excellences, Permettez-moi de conclure en vous souhaitant des délibérations fructueuses et en vous assurant qu'à la CEA, mon équipe et moi-même sommes entièrement à votre disposition pour vous aider dans votre noble tâche au service de l'intégration et du développement du continent. Je vous remercie. |