CONFERENCE DE L'UNION
Cinquième Session Ordinaire
4 – 5 Juillet 2005
Sirte, LIBYE

ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L'UNION AFRICAINE
A LA 5 ème SESSION ORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L'UNION AFRICAINE
SYRTE, 1-5 JUILLET 2005


Monsieur le Président en exercice de l'Union africaine,
Majesté,
Frère Leader,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Monsieur le Président de l'Autorité palestinienne,
Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Monsieur le Président de la Commission de l'Union européenne,
Monsieur le Secrétaire général de la Ligue arabe,
Messieurs les anciens Présidents, Anciens Secrétaires généraux de l'OUA et Président de la Commission de l'Union africaine,
Messieurs les Secrétaires exécutifs des Communautés économiques régionales,
Chers Invités,
Excellences Mesdames et Messieurs,

Nous revoilà à Syrte, berceau de l'Union africaine, pour que ce 5 ème sommet consacre une avancée décisive de notre organisation, cela grâce à la sollicitude du peuple de la Grande Jamahiyira libyenne et de son Leader, le Frère Muammar Kadhafi, grâce à votre leadership, Monsieur le Président Obasanjo, et à la disponibilité de vos pairs.

Pour assurer cette avancée, il sera nécessaire d'affiner conceptuellement la nature de notre organisation, fédération des Etats unis d'Afrique telle que vous l'avez définie en juillet 2004, à Addis Abeba, plutôt qu'un regroupement d'Etats nations. Bien sûr, il s'agira d'une longue marche, d'une marche progressive mais d'une marche vers une destination connue, d'une marche aux étapes mieux définies à travers une indispensable harmonisation et une meilleure coordination des piliers que sont les Communautés économiques régionales, tel que vous l'avez souhaité vous-mêmes, lors de votre sommet extraordinaire sur l'emploi de Ouagadougou. Il ne s'agira jamais de brûler les étapes une fois l'objectif des Etats Unis d'Afrique étant défini mains de bien identifier les étapes, de définir une stratégie d'accélération entre les étapes chaque fois que cela sera nécessaire en concertation avec les Etats membres et les CER.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'entité que devraient constituer l'Union africaine et le NEPAD aidera à affirmer, sans conteste, le leadership de notre organisation et à asseoir concrètement les orientations, les programmes et les valeurs du NEPAD dans nos pays, dans nos Communautés économiques régionales, et sur le plan continental et aussi dans les programmes avec nos partenaires au nom de l'exigence d'un Nouveau partenariat pour le développement.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'Avancée de l'intégration ne pourra pas se faire sans une appropriation plus grande du concept de l'intégration par nos concitoyens, sans une participation plus grande des populations, notamment des jeunes, à la vie de nos Institutions, sans la prise en charge de leurs préoccupations par des réponses concrètes, sans l'émergence  d'une conscience panafricaine qui fera reculer les « pseudo sentiments nationalistes égocentriques », qui réduirait les « dérives nationalistes » qui pourraient naître d'un « certain régionalisme» : émergence d'une conscience panafricaine qui affirmerait aussi la contribution égale de tous les pays africains. Car, Excellences, Mesdames et Messieurs, aucun risque d'hégémonisme n'est à craindre durablement parce qu'en Afrique il y a des grands pays mais en Afrique il n'y a pas de petits pays.

Pour assurer cette avancée de l'intégration, il est indispensable de renforcer les institutions de l'Union africaine, la Commission, bien sûr, le Parlement panafricain, le Conseil Economique, Social et Culturel et les autres ; il est indispensable de fortifier la société civile, de faire toute sa place au secteur privé, d'assurer enfin la participation des partis politiques dont la contribution sera déterminante.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il souffle aujourd'hui sur le monde, un vent d'engagement pour l'Afrique qui n'est pas un simple effet de mode ou un prétexte. Il s'agit de l'expression d'une nouvelle conscience de solidarité véritable envers l'Afrique et de l'affirmation d'une nouvelle éthique dans la coopération que tous ceux qui aujourd'hui à travers le monde portent l'Afrique, entendent accompagner l'Afrique politiques, artistes, sportifs, entrepreneurs Hommes et Femmes des médias, organisations de la société civile soient remerciés !

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Ce mois-ci, la réunion du G8 à Gleneagles et le prochain sommet extraordinaire des Nations unies à New York, en septembre prochain, en seront de grand moments.

A ces rencontres devra participer une Afrique debout, unie, solidaire, parlant d'une voix, agissant ensemble. Une Afrique responsable qui, au nom de son principe de non-indifférence, prendra en charge, elle-même, ses propres problèmes. Une Afrique responsable qui respectera toujours ses engagements et ses principes en envoyant toujours des signaux clairs sur sa marche.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Trop de promesses nous ont été faites au cours de trop de grands rassemblements, mais elles n'ont jamais été tenues :

•  Depuis 1970, il avait été demandé que le niveau de l'Aide publique au développement soit porté à 0,7 % du PIB des pays partenaires ;
•  Depuis 25 ans, la question du désendettement du continent est posée ;

Au train actuel, les objectifs de développement du millénium prévus pour 2015 ne seront pas atteints avant un siècle, s'ils l'étaient. Cependant, accueillons les promesses d'aujourd'hui en étant plus vigilants, en partenaires, en responsables, dans l'esprit du NEPAD.

L'annulation totale de la dette de 14 pays africains sur les 18 pays cités est un pas important puisque pour la première fois, le dogme est tombé et d'autres initiatives sont annoncées car, il s'agit de l'annulation de 40 milliards de dollars de dettes sur quelques 200 milliards de dollars.

Il s'agira de veiller à ce que les effets de ce geste ne soient pas amoindris par des conditionnalités.

Il s'agira aussi, pour nous, ce nous semble, de poser solidairement le principe du désendettement de tous les pays africains car, tous les pays africains sont écrasés, dans des termes semblables, par cette dette. Libérer les pays dits « les plus pauvres » sans les autres n'est pas libérateur de l'énergie du continent car le rôle moteur des autres s'en trouve bloqué.

Il s'agira certainement pour nous de mettre en place un mécanisme de suivi, d'analyse, de traitement de notre dette et de veiller à une meilleure coordination et à un meilleur usage de l'aide et de veiller aussi à ce que les promesses faites soient tenues.

Il est heureux que le doublement de l'Aide publique au développement ait été à nouveau évoqué. Dons et prêts ne sont pas inconciliables ; il faudrait certainement définir ensemble de nouvelles conditions de gestion de ces instruments.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'Afrique a besoin aujourd'hui de financements massifs pour lesquels ni l'annulation totale de la dette, ni le doublement de l'Aide publique au développement, ni même une combinaison des deux ne sauraient suffire. Ils apporteraient 30 millions de dollars, équivalant à la moitié de ce que demande annuellement la mise en œuvre du programme NEPAD.

Il faut d'autres ressources. Il nous faut alors poser le problème de la rémunération correcte de nos matières premières, de la sécurisation des ressources provenant des matières premières.

Le traitement correct et urgent de la question des subventions et de l'ouverture du marché agricole mondial est une exigence à la fois politique et morale. Nous devons, dans ce combat, nous engager tous derrière les pays producteurs de coton qui, par leur lutte, ont réussi à faire du coton le symbole des inégalités du système mondial du commerce. Si le débat sur le coton s'enlise dans des considérations techniques alors que la solution est d'abord politique, si cette négociation n'est pas gagnée, aucune autre ne le sera pour nous

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous avons besoin aujourd'hui d'importantes ressources pour financer un Fonds panafricain de développement des infrastructures, le fonds de solidarité numérique, les programmes agricoles, les programmes d'éducation et de santé. Les offres actuelles ne doivent pas occulter la nécessité de ressources additionnelles si nous voulons, en une génération, engager l'Afrique dans la création d'emplois décents surtout au niveau des jeunes, dans la production de richesses et dans leur répartition judicieuse et ainsi lutter efficacement contre la pauvreté si répandue au niveau des masses rurales et qui frappe le plus les femmes.

Ne comptons pas que sur les autres, voyons ce que nous pouvons faire nous-mêmes, comme vous le dites vous-mêmes, Excellences. Ainsi, nous devons nous poser la question de savoir comment mieux mobiliser les ressources provenant de nos matières premières pour financer nos projets de développement, comment mieux gérer notre importante épargne, qui quitte tous les ans nos pays, et quelquefois illégalement, qui est supérieure à l'aide publique au développement reçue. Je pense particulièrement aux fonds de pension. Nous devrions aussi amener nos partenaires à s'engager avec nous dans la réalisation concrète de vrais programmes sur la base de véritables contrats de développement, dans une vision de partenariat stratégique.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Mobiliser des ressources, oui, mais pour faire du concret sans tarder. A quoi sert-il de mobiliser des ressources si elles ne nous permettent pas de réaliser, sans tarder, des grands travaux d'infrastructure du programme NEPAD : par exemple la route ou le chemin de fer Dakar/Djibouti, le transmaghrebin, la route ou le chemin de fer Le Cap/Le Caire, le gazoduc Alger/Lagos, le barrage d'Inga, les ponts sur le Fleuve Gambie, sur le fleuve Sénégal, le pont entre Brazzaville et Kinshasa.

A quoi sert-il de mobiliser des ressources si elles ne nous permettent pas de réaliser, sans tarder, de grands programmes de lutte contre la faim en faisant par exemple du Sahel et de la Corne de l'Afrique de grandes zones spéciales de production, à un moment où encore de nombreux pays du Sahel et de l'Afrique de l'Est sont menacés de crise alimentaire ? L'Appel du Niger mérite encore plus de gestes de solidarité africaine et internationale, vu l'urgence de la situation.

A quoi sert-il de mobiliser des ressources si elles ne nous permettent pas d'engager de grands programmes de protection de l'environnement, de lutte contre la désertification, comme par exemple votre projet de muraille verte le long du Sahara, Monsieur le Président en exercice , réalisation à laquelle pourraient participer nos services nationaux, nos forces armées ?

A quoi sert-il de mobiliser des ressources si elles ne nous permettent pas d'assurer la survie de l'enfant africain, de protéger les populations des pandémies et des épidémies de produire localement des médicaments ?

Pourquoi accepter et faire croire que les ressources mobilisées aujourd'hui peuvent permettre de réaliser de véritables actions de développement ?

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il s'agira de mobiliser sur plusieurs années, dans le cadre d'un Plan Nepad, d'importantes ressources qui existent mais sont orientées vers d'autres secteurs. L'aide publique au développement fournie par les 22 pays de l'OCDE a apporté, de 1958 à 2002, 1250 milliards de dollars. Cette somme représente une seule année de dépenses militaires mondiales.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il faut certes conduire des politiques macro-économiques pour mieux gérer nos économies et pour pouvoir dégager plus de ressources. Mais Il faut aller au-delà des politiques de réduction de la pauvreté pour combattre la pauvreté, refuser de réduire le pauvre à la pauvreté, refuser la fatalité de la pauvreté, sortir de la logique de conquête de marchés extérieurs pour conquérir nos marchés africains, renforcer les bases endogènes de notre développement et sortir des « logiques de rattrapage ».

Les projets sus-mentionnés ne sont pas le fruit d'une utopie. Il ne s'agira pas de projets qui vont surgir du jour au lendemain. Il nous faut les partager, les faire partager, les lancer hors de tout esprit de « bricolage », de « saupoudrage » caractéristiques de beaucoup d'interventions actuelles.

Il nous reviendra certainement de nous interroger sur toutes nos structures et, peut être, de créer des comités de chefs d'Etat et de sponsors (assistés de comités techniques) pour faire avancer tous ces projets, cela à l'instar des comités de chefs d'Etat qui existent pour la bonne gestion de certains conflits, en veillant sur l'indispensable coordination des interventions autour de la Commission de l'UA.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il s'agira, sans conteste, de l'œuvre de plusieurs générations : que notre génération assume sa part, sa part de défricheur, d'ensemenceur. Elle jettera ainsi les bases du succès porteur, d'un succès annoncé.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous avons conscience du rôle fondamental que les institutions de l'UA, notamment la Commission, doivent jouer dans la définition et la réalisation de ces programmes. C'est pourquoi nous avons engagé un grand programme de transformation institutionnelle, parce qu'il nous faut une organisation performante, « débureaucratisée », réellement panafricaniste, réellement engagée, plus collective, plus professionnelle, plus moderne ; ce qui nous permettra de réduire l'impact des lenteurs, pour l'essentiel explicables, dans la mise en place des nouvelles structures et des recrutements.

Nous avons aussi dans le programme du 2 ème semestre 2005, des activités essentielles, parmi d'autres, qui devraient mieux asseoir la Commission et promouvoir l'intégration.

•  La consolidation du lancement, réussi grâce au soutien du gouvernement algérien, du Centre africain de lutte contre le terrorisme d'Alger, et la mise en place effective, avant septembre, du Secrétariat de la coordination des Services de renseignement auprès de la Commission .
•  Une réunion d'experts aura lieu fin juillet, à Addis Abeba, autour du projet de réseau satellitaire panafricain de télécommunications reliant les 53 Etats africains et formant des E-Services notamment dans le domaine de l'éducation, de la santé, avec le soutien de l'Inde.
•  La Conférence des Compagnies aériennes africaines, décidée lors de la réunion des Ministres africains chargés de l'Aviation qui s'est tenue à Johannesburg en mai dernier, aura lieu en collaboration avec la Banque africaine de développement, à Tunis, en Octobre prochain, pour aider à l'amélioration de la circulation aérienne en Afrique.
•  La réunion des producteurs des matières premières en marge du séminaire sur les matières premières organisé avec le Fonds des Nations unies pour les produits de base qui aura lieu en novembre 2005, à Arusha, en Tanzanie, avec comme objet de contribuer à la création d'association par matière première et de faciliter la coopération entre les producteurs.
•  La réunion des Ministres de la santé, en Août au Mozambique et en octobre au Botswana pour, entre autres, relancer les campagnes contre les grandes pandémies, le Sida, le Paludisme et aussi la Poliomyélite et étudier toutes les possibilités de production de médicaments génériques en Afrique.
•  Le 1 er Congrès culturel panafricain et la réunion des Ministres africains de la Culture, en novembre , à Nairobi, Kenya, pour préparer le Sommet de Khartoum dont le thème principal est l' Education et la Culture, Sommet au cours duquel seront lancées l'Année africaine des langues et l'Académie africaine des langues de Bamako.
•  Du 18 au 20 novembre 2005, Tunis réunira en notre nom à tous, le Sommet mondial de l'Information .
•  Au cours de ce deuxième semestre 2005 seront organisées au Caire, avec le soutien du gouvernement égyptien, des réunions d'experts, de porteurs de projets et de Ministres pour le lancement du projet Radio télévision panafricaine qui pourrait être la Voix de l'Afrique.
•  S'est tenue les 17-18 juin derniers, à Tripoli, la réunion des Ministres africains chargés de l'immigration qui a encouragé les CER à promouvoir, en leur sein, la libre circulation sans visa à l'instar de la CEDEAO. Il est heureux qu'à cette occasion, certains pays aient annoncé leur intention d'ouvrir unilatéralement leurs frontières. Il était aussi important que la question de l'immigration ait été abordée. Cette question qui concerne tous les pays africains, et pas seulement ceux du Nord, devrait être approfondie car en dehors des solutions politiques ou de solidarité, aucune mesure policière ou strictement de sécurité ne peut durablement régler ce problème.
•  Le Projet de passeport africain, diplomatique au départ, délivré progressivement, avec toutes les garanties de sécurité devrait, sans tarder être une réalité. Il sera le symbole de notre projet d'intégration et annoncera le futur passeport des citoyens de l'Union africaine.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Pour pouvoir tenir de tels paris, nous avons besoin du soutien de tous, singulièrement de tous nos partenaires. Leur présence très nombreuse à cette assemblée, leur soutien matériel et financier à nombre de nos programmes, l'accréditation de nombreux pays auprès de l'UA attestent de leur engagement à nos côtés et de la reconnaissance du leadership de l'UA.

Nous nous réjouissons de savoir toujours présent à nos côtés, notre Frère Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies, ce grand citoyen du monde, ce grand africain. Nous savons gré aux Nations unies pour leur soutien constant à notre continent dans tous les domaines, singulièrement aujourd'hui dans la gestion des conflits. Hommage aux Casques bleus des Nations unies !

Notre frère Mahmoud Abbas, Abou Mazen, digne successeur de notre bien aimé Abou Amar Yasser Arafat est le grand dirigeant du grand peuple de Palestine auquel notre solidarité ne fera jamais défaut dans sa juste et noble lutte.

La présence à notre sommet de José Manuel Barosso, Président de la Commission de l'Union européenne et avec lui , Monsieur Javier Solana et Louis Michel est la preuve de l'engagement constant à nos côtés de l'UE désireuse comme nous, d'un partenariat stratégique, d'un partenariat entre voisins, d'un « partenariat fort, équitable, basé sur le respect et les intérêts mutuels ».

Amre Moussa, Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, grand africain, grand arabe, est le symbole de cette fraternité afro-arabe si nécessaire à notre continent, ce pays des peuples noirs et ce pays où vivent aujourd'hui près de 70 % des arabes.

Amis Partenaires, Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'UA sera à la hauteur de votre confiance. Elle apportera toute sa contribution à la réforme en cours des Nations unies, réforme indispensable qui doit toucher tout le système et le Secrétariat général et l'Assemblée générale, et le Conseil économique et social, et tous les autres organes et, bien sûr, le Conseil de sécurité. La réforme doit consacrer la démocratisation de toutes les institutions des Nations unies, particulièrement des Institutions de Bretton Woods et toujours favoriser les conditions propices au développement, surtout au développement des pays moins nantis.

Messieurs les Présidents,

Nous n'avons aucun doute que sous votre responsabilité, c'est l'Afrique unie qui abordera cette réforme ; cette réforme n'a de sens véritable pour l'Afrique que si elle renforce son unité, sa cohésion, sa capacité de négociation et de représentation et de présence, que si elle permet à l'Afrique d'affirmer sa « stratégie d'influence ».

Monsieur le Président en exercice,
Majesté,
Frère Leader,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,

Nous avons besoin de votre soutien plus que de celui de tout autre !

Nous avons besoin de votre soutien matériel et financier : même si des progrès ont été réalisés dans le paiement des contributions, seulement 12 pays sont à jour de leurs contributions, il reste près de 80 millions de dollars d'impayés.

Nous avons besoin que l'Union africaine soit une organisation de droit parce que fondée sur l'exercice du droit, sur la bonne pratique des libertés dont celle fondamentale de la liberté d'expression et de presse ; encore beaucoup de textes approuvés ne sont pas ratifiés voire même signés.

Nous avons surtout, surtout besoin que les conflits s'apaisent sur notre continent et que s'estompent les violences sur les populations civiles, que se renforce le respect de la légalité constitutionnelle. Des pays sortis de crise politique méritent que leurs compromis politiques difficiles soient confortés, que surtout s'installe la légalité et que nous assistions les légalités à se parer de la légitimité et à renforcer leur légitimité par un consensus à rechercher entre toutes les familles politiques.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'Afrique a besoin de paix. Nous avons encore le Soudan et le Darfour avec ses populations déplacées et sa grave crise humanitaire. La situation sécuritaire s'est cependant améliorée grâce aux efforts des parties soudanaises, principalement du gouvernement soudanais, grâce aussi à la présence des troupes africaines, à nos « Casques blancs » auxquels nous tenons à rendre hommage ici.

Nous devons tout mettre en œuvre pour que les énormes efforts déployés par le Président Obasanjo et le comité des 5 chefs d'Etat (le Leader Kadhafi, le Président Déby, le Président Mubarak, le Président Bongo) aboutissent et que les négociations d'Abuja soient conclues avec succès. Nous lançons un appel à nos frères des mouvements rebelles pour une conclusion rapide et sérieuse de ces accords, assurés qu'ils sont de notre accompagnement et de celui de nos partenaires.

Le 9 juillet prochain, le nouveau gouvernement soudanais issu des Accords de Naivasha verra le jour. Il s'agit là d'une grande victoire pour le peuple soudanais, pour les peuples d'Afrique.

Le 9 juillet 2005 pourrait marquer la volonté de toutes les parties soudanaises de prendre elles-mêmes en charge le règlement de tous leurs conflits et de prévenir les risques dans d'autres régions du Soudan.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L'UA travaillera, d'autre part, avec l'IGAD pour la stabilisation de la Somalie, cette Somalie qui a besoin de notre solidarité, cette Somalie qui est un des symboles de la renaissance africaine. Avec les Nations unies, nous veillerons à la bonne poursuite , dans la paix et le dialogue, du processus de transition en RDC et au désarmement des Interhamwe.

La médiation du Président Mbeki en Côte d'Ivoire doit bénéficier du soutien de tous pour sa réussite, dans l'intérêt de tous les ivoiriens, de toutes les ivoiriennes, dans l'intérêt de notre continent.

Sur tous les autres fronts, la vigilance s'impose et la coordination entre les divers intervenants pour aider à résoudre les conflits doit être améliorée et renforcée

Monsieur le Président en exercice,
Majesté,
Frère Leader,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,

Mieux que nous, vous savez que sans la paix, sans une bonne gouvernance politique et économique, tous les milliards du monde ne changeraient rien fondamentalement à la situation de misère actuelle de notre continent, situation qui n'est pas une fatalité.

Nous voyons chaque jour la détermination des jeunes, des femmes, des travailleurs, des entrepreneurs d'Afrique, décidés à se prendre en charge.

Nous avons compris votre volonté de faire avancer l'intégration. Nous vous donnons l'assurance, Mme Gertrude Mongella, Présidente du Parlement panafricain,

Mme Wangari Maataï, Présidente intérimaire du Conseil économique, social et culturel, nous-même, Président de la Commission de l'Union africaine et toutes nos équipes, que nous sommes prêts, sous votre leadership, à tout mettre en œuvre pour tenir les engagements. L'Afrique se fera grâce à ses enfants , à leur génie, à l'utilisation judicieuse de leur patrimoine, à la restauration de leur connaissance historique, leur solidarité et leur travail.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

C'est parce que nous avons été unis, solidaires et que nous avons accepté de nous battre, que nous avons gagné toutes les grandes batailles du passé, que nous avons vaincu la colonisation, l'apartheid, que nous avons jeté les bases de la reconstruction nationale. Forts des leçons de l'histoire, il nous faut être aujourd'hui encore plus unis, être encore plus solidaires, être encore plus déterminés à nous battre, si nous voulons d'une Afrique plus africaine, d'une Afrique plus responsable, d'une Afrique démocratique, d'une Afrique plurielle et diverse dans un monde plus juste et plus solidaire.

Cette Afrique est possible !
Cette Afrique loin d'être seulement un risque est une opportunité pour le monde !
Cette Afrique est notre pays en marche !
Plein succès à vos travaux !
Que Dieu nous assiste !

Je vous remercie !