ALLOCUTIONS
  
ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ALPHA OUMAR KONARE,
PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE,
A L’OCCASION DE LA SESSION INAUGURALE DU PARLEMENT PANAFRICAIN

Addis Abéba, le 18 Mars 2004.
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Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’Etat de l’Union Africaine,
Monsieur le Président de la République Fédérale Démocratique d’Ethiopie,
Monsieur le Premier Ministre d’Ethiopie,
Excellences,

Votre présence et celle de nos nombreux invités, particulièrement nos Hôtes de marque venus d’autres continents, les Présidents de Parlements régionaux africains, les Présidents de Parlements nationaux africains, le Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies, honorent l’Afrique et rehaussent l’éclat de cette cérémonie.

Soyez-en vivement remerciés.

Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier Ministre,

Devant une salle si pleine, si vivante, si expressive, je ne peux m’empêcher de m’exclamer. Ils sont enfin là ! Nos Députés Africains, les Députés du Parlement Panafricain sont enfin là !

Vous êtes enfin là, Honorables Parlementaires, ce 18 Mars 2004, près de 100 ans après votre première convocation, le 1er Août 1904, par le leader panafricaniste Marcus Garvey.

Un siècle après, quelle joie ! quel bonheur ! que nous aurions tant aimé partager avec les deux seuls acteurs survivants de l’épopée de 1963, la grande épopée d’Addis Abeba, l’épopée de la Nouvelle Fleur : Ahmed Ben Bellah, alors Premier Ministre d’Algérie, et Aden Abdullah Osman, alors Président de la République de Somalie. Très bonne santé et très longue vie à eux !

Ce jour, 22 Mai 1963, ils étaient tous là. Trente dignes représentants de trente de nos Etats autour de Sa Majesté Haïlé Selassié 1er , Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Judas (pour lui donner son titre).

Haïlé Selassié était le 125ème descendant de la plus vieille dynastie mondiale, descendant de la Reine de Sabah et du Roi Solomon. Négus, Empereur de cette vieille Ethiopie à l’histoire millénaire, cette Ethiopie témoin de la liberté de nos peuples, Ethiopie jamais conquise, Ethiopie si peu occupée et si vite libérée, surtout depuis un certain 1er Mars 1896 à Adoua.

Cette Ethiopie maîtresse de son destin, que vous symbolisez si bien, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre Melès.

Pour toutes ces raisons, les pères fondateurs étaient là à Addis. Ils étaient là aussi à cause de Menelik II, l’oncle de Haïlé Selassié. Menelik a été le premier africain, depuis Hannibal, à vaincre des troupes européennes. Son prestige a attiré de nombreux Noirs des Amériques vers l’Afrique et lui a valu de parrainer la 1ère Conférence Panafricaine de Londres en 1900.

Ils étaient là aussi, il faut le dire, à cause du prestige personnel de Haïlé Selassié annoncé comme le rédempteur qu’a si bien chanté le Jamaïcain Bob Marley, le chantre du Rastafari, Rastafari venant de Lys Tafari Makonnen, Ras Tafari (Roi Tafari), du vrai nom du Négus.
Pourquoi à Addis Ababa ?

Parce que l’Ethiopie (alors Abyssinie) était porte-parole de l’Afrique, avec le Liberia, l’Union Sud-africaine de cette époque et l’Egypte, au sein de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU en 1920.

Parce que l’Ethiopie était encore seule, avec le Liberia, l’Union Sud-africaine de l’époque et l’Egypte, membre de l’Organisation des Nations Unies à sa création en 1945. L’Ethiopie, plus que tout autre, symbolisait en sorte l’Afrique !

Pourquoi encore autour de Haïlé Selassié ?

Parce qu’il était le patriarche, le doyen.
Et le patriarche fera entendre sa voix forte, disons déterminée pour Haïlé Selassié, quand les débats risquaient de pas être concluants et annonciateurs d’échec : je cite «Cette conférence ne peut se clôturer sans l’adoption d’une seule Charte africaine. Nous ne pouvons quitter cette salle sans créer une organisation africaine.
Si nous échouons en cela, nous aurons trahi notre responsabilité vis à vis de l’Afrique et des peuples que nous dirigeons». Fin de citation.

Ils ne sont pas partis, nos pères, ils ont apporté leur pierre :
- Le Roi Mwambutsa, roi du Burundi,
- Ahmadou Ahidjo, Président du Cameroun,
- David Dacko, Président de la République Centrafricaine,
- N’Garta Tombalbaye (alors François), Président du Tchad,
- Fulbert Youlou, Président du Congo Brazzaville
- Joseph Kazavubu, Président du Congo Kinshasa (alors Léopoldville).

Ils sont restés et ont apporté leur pierre :
- Hubert Maga, Président du Bénin (alors Dahomey),
- Léon M’Ba, Président du Gabon,
- Kwamé N’Krumah, l’Osageyfo, Président du Ghana,
- Sékou Touré, Président de Guinée,
- Félix Houphouët-Boigny, Président de Côte-d’Ivoire,
- William Tubman, Président du Libéria.

Ils ont répondu présents et ont apporté leur pierre :
- Son Altesse Hassan Rida, Prince-héritier de Libye (au nom du Roi Idriss 1er)
- Philibert Tsiranana, Président de Madagascar,
- Modibo, Modibo Keïta, Président du Mali,
- Mokhtar Ould Dada, Président de la République Islamique de Mauritanie,
- Hamani Diori, Président du Niger.

Ils ont renouvelé leur disponibilité et ont apporté leur pierre :
- Sir Ababacar Tafawa Balewa, Premier Ministre du Nigeria,
- Grégoire Kayibanda, Président du Rwanda,
- Léopold Sédar Senghor, Président du Sénégal,
- Sir Milton Margai, Premier Ministre de Sierra Leone,
- Alferic Ibrahim Aboud, Président du Soudan,
- Julius Nyerere, Président du Tanganyika (d’alors)

Ils sont restés aussi et ont apporté leur pierre :
- Habib Bourguiba, Président de Tunisie,
- Milton Obote, Premier Ministre d’Ouganda,
- Nasser, Gamal Abdel Nasser, Président de la République Arabe Unie (aujourd’hui l’Egypte)
- Maurice Yaméogo, Président du Burkina Faso (alors Haute Volta)

A l’appel de Haïlé Selassié 1er, le 25 Mai 1963 , ils ont tous construit notre cour commune (l’OUA). Cette OUA qui parachèvera l’œuvre de décolonisation et abattra l’apartheid, mais qui n’était pas faite pour résoudre les questions économiques et nombre de situations démocratiques.

Mais nos pères, à l’instar de leurs illustres prédécesseurs et inspirateurs panafricanistes, dont Sylvester William de Trinidad, William Burghart Dubois des Etats-Unis, Marcus Garvey de Jamaïque, Georges Padmore de Trinidad, ont accompli leur devoir de génération et ils méritent éternellement notre reconnaissance.

De la cour commune leurs dignes héritiers construisirent la maison commune qui est l’Union Africaine.

Ainsi donc, 36 ans après ce 25 Mai 1963, le message parti d’Alger en Juillet 1999 jaillira à Syrte un certain 9 Septembre 1999, se définira à Lomé en 2000, s’établira à Lusaka en 2001, s’élèvera à Durban en 2002 pour prendre l’envol en 2003 à Maputo.

Quelle odyssée ! Cette Union Africaine est toute autre que l’OUA ! Elle doit nous conduire à une intégration plus poussée en cette période de mondialisation forte.

Union Africaine, Union des Etats certes, mais surtout Union des Peuples ! Votre avènement, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, marque celui des peuples. Avec vous, montent la société civile, le secteur privé et surtout les partis politiques dont la présence et même la voix manquent tant au projet.

Honorables Parlementaires,

Nous ferons en sorte ensemble qu’elle se dote d’un vrai projet politique, de moyens subséquents, d’un véritable programme pluriannuel inspiré du NEPAD, fondé sur la bonne gouvernance, la libération des initiatives, le respect de l’Etat de droit, sur aussi l’exploitation des savoirs endogènes et la mobilisation des ressources internes.

C’est là tout l’objectif des réflexions sur la Vision de l’Union Africaine, les Missions de l’Union Africaine, le Cadre Stratégique de l’Union Africaine, un programme quadriennal de travail que nous entendons soumettre prochainement à nos diverses instances.

Vous êtes, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, un des piliers de la nouvelle maison.

Vous avez un rôle essentiel à jouer dans la mise en œuvre des objectifs et des principes contenus dans l’Acte Constitutif de l’Union, notamment les questions relatives à la protection des droits de l’Homme, à la consolidation des institutions démocratiques, à la vulgarisation et à la promotion de la bonne gouvernance, à la promotion et à la consolidation de la solidarité entre nos peuples, et enfin à la promotion de la paix, de la sécurité, de la stabilité, du développement en Afrique.

Votre rôle de faiseurs de lois fait de vous les dépositaires de la conscience et de la caution morale de la Nation et, certainement, les bâtisseurs d’une Union Africaine de droit.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Vous formez aussi le creuset de la solidarité nationale à l’écoute de tous nos concitoyens, de toutes catégories, les plus humbles, les plus pauvres, les plus faibles. Ce qui vous amènera toujours à vous dresser contre le mur du silence, du rejet et de la stigmatisation dont sont victimes les malades du VIH-Sida et aussi à être à l’avant-garde de la lutte contre le paludisme et la poliomyélite.

Ne pourrions-nous pas envisager ensemble, la Commission de l’Union Africaine et vous, en cette année internationale pour commémorer la lutte contre l’esclavage et son abolition, un débat sur l’esclavage dans chacun de nos Parlements ?

Ne devrions-nous pas envisager ensemble en cette année 2004, année de la Famille africaine, un débat dans chacun de nos Parlements sur les questions de la famille, sur la question combien fondamentale du genre, les problèmes des jeunes et des personnes âgées ?

La diaspora, n’est-elle pas cette Afrique ? Ne devriez-vous pas l’assumer, la consacrer ?

Dotés de grandes expériences sur le plan national, nous ne doutons pas un seul instant, Honorables Parlementaires, que vous mettrez ces expériences au service de l’Afrique entière dans sa lutte contre la maladie et la faim, contre la pauvreté et la misère.

La situation actuelle de notre continent n’est pas une fatalité, le recul annoncé de notre continent ne saurait être irrémédiable si nous sommes plus responsables, si nous sommes plus unis, plus déterminés. Nous avons les moyens de nous en sortir comme l’Inde, comme la Corée du Sud, comme la Malaisie.

Pour ce faire, nous disposons de grandes ressources minières, énergétiques, de grandes ressources naturelles, de la terre, de l’eau.
Et aussi l’Homme !
Et aussi les Hommes !

Dans 20 ans, le continent africain comptera plus d’un milliard et demi d’habitants, dont 800 millions de jeunes de moins de 15 ans. Egale de la Chine, égale de l’Inde, elle constituera un grand marché, un marché jeune, le plus jeune, face à l’Union Européenne et aux Etats-Unis d’Amérique qui totaliseront à peine 1 milliard d’habitants, en tout cas moins que la population africaine.

Bâtissons sur notre culture, car elle est la matrice et la force motrice de la Renaissance Africaine.
Faisons jouer la solidarité africaine, cette autre mine inépuisable. Ouvrons-nous sur la modernité, sur la science ; branchons-nous sur le monde ! Avec un tel potentiel, de telles possibilités, une telle jeunesse, l’espoir est permis.

Même si les épreuves de l’histoire nous ont marqués pour toujours, à travers notamment la traite négrière, la colonisation et l’apartheid qui ont contribué à briser la dynamique africaine.

Mais, sans haine, sans rancune. Nous voulons seulement la reconnaissance des dommages et torts à nous causés, et nous professons un partenariat nouveau entre hommes libres et égaux.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le continent Premier, la patrie de l’Humanité, Notre terre, la terre qui a vu pour la première fois l’homme marcher et libérer ses yeux et ses mains est, oui et nous en convenons, une terre de douleurs, une terre de souffrances, mais elle est aussi une terre d’espérance !

Honorables Parlementaires,
Soyons à la hauteur de l’Histoire, de notre mission car ce siècle est le nôtre. Le XXIème siècle est africain.

Mais, Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Donnez-nous un pays !
Rendez-nous notre pays, l’Afrique !
Redonnez-nous notre titre d’honneur et de gloire, notre titre de rédemption en faisant de nous les Citoyens d’Afrique !
Citoyens d’Afrique, pour toujours ! African citizens for ever !
We shall be together! Together, we do stand !
Africa must unite ! Africa is uniting!
Long live Africa! God bless Africa!