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ALLOCUTIONS
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ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR JOAQUIM CHISSANO,
Leurs Excellences MM. Les Présidents
de l’Assemblée nationale/ Son Excellence M. Alpha Oumar Konaré,
Messieurs les membres du Corps diplomatique,
Ayant vu l’Afrique évoluer d’un continent subjugué par le colonialisme, l’apartheid et l’exploitation en un continent d’Etats libres et indépendants, je pense que l’Afrique a non seulement un avenir mais que l’avenir du monde dépend de ce continent et je ne peux pas résister à l’envie de rappeler le vieux message prophétique qui dit que : « Oh Mère Afrique, tu n’es en aucun cas petite parmi les nations, car tu as engendré des héros qui ont osé rêver le rêve de générations d’Africains. Tu as donné naissance à des géants qui essuieront les larmes que tu as versées depuis longtemps en voyant tes enfants sombrer dans le cercle lugubre de la misère et de la souffrance ».
L’événement qui nous rassemble aujourd’hui est une consécration de la persévérance de l’idéal pour lequel les Pères fondateurs de notre Organisation ont lutté pour voir une Afrique qui s’affirme et s’assume comme une, où la pensée et le sentiment panafricains doivent être présents en chacun de nous. A la création de l’Organisation de l’unité africaine en 1963 ici à Addis-Abeba, nos prédécesseurs ont jeté les bases de l’embryon qui s’est développé pour devenir un corps mûr et sain que nous sommes aujourd’hui. Cette maturité s’est réalisée au cours de longues années de lutte féroce pour recouvrer notre dignité et notre liberté. Cette maturité implique aujourd’hui la responsabilité de nous enrichir et de refaire, au cours de chaque étape historique, une expérience historique de la libération. Notre mission est d’évaluer correctement les défis actuels et l’équation des changements qui doivent s’opérer dans la structure de notre Organisation de l’unité africaine ainsi que dans le cadre technique de son fonctionnement afin de l’équiper d’une manière appropriée pour faire face à la situation actuelle. Ayant à l’esprit la complexité et le volume du travail qui nous attend dans l’élaboration de la nomenclature des services de notre Union, nous avons jugé nécessaire de mettre en place, entre autres organes, le Parlement panafricain et de le charger d’assurer la pleine participation des populations de l’Afrique au développement et à l’intégration économiques du continent. Nous lui avons également confié la mission de rassembler les peuples africains pour mieux les sensibiliser au panafricanisme et développer en eux le sentiment d’appartenir à la même famille avec une destinée commune. L’organe que nous mettons en place aujourd’hui rassemble les représentants de différentes familles ou sensibilités et idéologies politiques. Ils proviennent de la riche diversité et des processus démocratiques existant dans nos pays. Toutefois, en prêtant serment devant nous et devant l’Afrique, vous vous êtes solennellement engagés à embrasser le seul idéal de servir l’Afrique en contribuant avec toutes nos forces et énergies à l’édification de l’Union africaine, une union qui défend l’unité et la cohésion de ses membres. Vous contribuerez, avec votre action, à la
promotion d’un climat sans cesse propice de convergence politique
par le biais de la discussion, du renforcement et de la codification
des valeurs qui surmonteront les obstacles qui empêchent notre
intégration totale. Excellences, Le Parlement panafricain est créé au moment où l’Afrique est confrontée à des défis considérables. La création du Parlement panafricain a suscité l’espoir de nos populations de trouver des solutions aux nombreux problèmes qui affectent leurs vies. Cet espoir peut s’aviver en raison de la rapidité avec laquelle nous avons pu mettre en place les institutions et organes de l’Union africaine. En effet, en moins de deux ans, après la première session de sa Conférence, l’Union africaine peut être fière d’elle-même avec l’inauguration et la mise en œuvre du Conseil de paix et de sécurité. Déjà à la Conférence, le Conseil exécutif, le Comité des Représentants permanents et la Commission fonctionnent pleinement. Dès lors, nous devons impérieusement faire de notre mieux pour ne pas briser l’espoir de nos peuples, aliéner et affaiblir l’enthousiasme et la foi qu’ils ont placés dans notre Union. Nous sommes également rassemblés ici au moment où plus que jamais, l’équation démocratique se pose en termes clairs et incontestables. La consolidation de la démocratie en Afrique est une assurance de la viabilité des efforts que nous déployons sous diverses formes de lutte pour l’affirmation de notre continent. Mais le débat démocratique est loin d’être fini et l’Afrique ne peut pas rester à l’écart de ce débat. Notre continent doit être un continent qui défend ses propres intérêts au lieu d’être un continent dont on parle. L’Afrique a beaucoup à contribuer au développement de la pensée politique contemporaine. Ainsi, le Parlement panafricain est-il confronté au formidable défi de devenir le promoteur et le moteur de ce débat au niveau de toutes les couches sociales de la société africaine. Ce débat doit synthétiser et systématiser les expériences africaines de participation communautaire au processus de développement des sociétés. Je suis convaincu que les avis sur notre réalité peuvent contribuer au processus de codification des expériences démocratiques sur le continent. Nous estimons que ces expériences doivent, entre autres, être régies par ce qui est valable dans l’expérience africaine de la pratique de la démocratie à savoir la culture de dialogue, de consultations, de tolérance, de pardon, de réconciliation de compromis, d’assistance mutuelle et de partage.
Il convient de se rappeler que le plus grand défi auquel le Parlement panafricain est confronté est celui de tout mettre en œuvre pour contribuer à la croissance et au développement rapides de notre continent. C’est également la lutte sans merci contre la pauvreté qui ravage la plupart de nos pays. Sans développement économique, nos processus politiques, nos institutions seront toujours compromis. Leur crédibilité et leur légitimité laisseront beaucoup à désirer. La capacité de financer et de gérer nos processus est d’une importance capitale. Toutefois, le développement économique dépend de l’action conjuguée de divers facteurs parmi lesquels la paix est la plus pertinente et la plus immédiate. Sans la paix, tous nos plans ne seront que de l’utopie. Les conflits qui affectent notre continent sont une véritable menace pour nos efforts de développement. En fait, les conflits perpétuent la pauvreté, détruisent les infrastructures économiques et sociales et font fuir les investissements potentiels. Les conflits sont, dans une large mesure la cause directe du retard économique et social de notre continent. C’est compte tenu de cette situation qu’en 1999 nous avons décidé à Alger de faire du règlement des conflits une priorité et d’y axer notre action. Je suis heureux de constater la tendance positive qui s’opère dans le processus de règlement des conflits, tel que noté dans les cas de la Côte d’Ivoire, du Burundi, du Soudan, de l’Angola, du Libéria, de la Sierra Leone, de la RDC, entre autres. A Lomé, en l’an 2000, un autre fait important s’est produit dans le processus de recherche de facteurs à même de promouvoir la préservation d’un environnement plus stable en Afrique, j’ai nommé la Déclaration sur les changements anticonstitutionnels en Afrique conformément à laquelle nous sommes restés fermes et résolus. Pour consolider les efforts que nous déployons pour restaurer la paix dans notre continent, nous devons renouveler notre détermination à lutter contre un phénomène que nous considérons éradiqué en Afrique, je parle du mercenariat contre lequel nous avons pris des mesures implacables et dissuasives pour qu’il ne réapparaisse pas.
A chaque étape de son existence, notre continent a dû affronter des défis herculéens qu’il a pu relever. La création de l’OUA en 1963 a été la manière sublime dont le continent a pu s’organiser pour relever les défis de l’époque dont la libération du continent du joug colonial et de l’exploitation. Pour faire face aux défis actuels qui ne cessent d’augmenter et de se compliquer, nous avons jugé approprié d’approuver le NEPAD qui est un programme de l’Union africaine en vue du développement de l’Afrique. Le NEPAD reflète la vision du continent sur les moyens de relever les défis actuels et futurs. C’est en conséquence une heureuse coïncidence que le Parlement panafricain ait cet instrument fondamental dès sa mise en place. Comme action immédiate, j’ai bon espoir que le Parlement panafricain suivra de près les activités des mécanismes d’évaluation par les Pairs, en coopération avec le Groupe des Sages. Pour ce faire, nous devons examiner nos objectifs dans le cadre d’une interaction fraternelle pour une meilleure analyse de nos moyens, corriger nos fautes, combler nos lacunes et améliorer notre gouvernance. Le rôle que le Parlement panafricain peut jouer pour encourager les Etats membres à adhérer au mécanisme est une expression concrète de la décision prise par les Etats membres d’être guidés par une série de principes et de modèles qui peuvent promouvoir la bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’homme et la justice sociale. C’est également un moyen de participer aux efforts collectifs en vue de trouver des solutions aux innombrables problèmes auxquels nos populations sont confrontées, dans un environnement où chacun peut apprendre de l’autre et de consolider les bonnes expériences. Notre continent serait glorifié et honoré si, dans un court délai, tous les Etats membres adhéraient au Mécanisme. Cela serait la manifestation évidente de notre détermination à marcher dans la même direction.
Le Parlement panafricain que nous inaugurons aujourd’hui sera, pendant quelque temps, le forum des représentants des Parlements africains. Ainsi, les membres de cet organe ont la tâche colossale d’œuvrer en vue de mettre progressivement en place les piliers qui soutiendront le véritable Parlement panafricain. Il est nécessaire d’examiner avec attention la riche diversité des pratiques parlementaires de nos pays afin d’identifier les éléments qui peuvent nous montrer la voie à suivre pour parvenir à l’harmonisation souhaitée. Ayant à l’esprit les défis qui se posent à l’Afrique, eu égard au programme de développement avec ses partenaires, en particulier au niveau multilatéral, nous avons l’espoir que le Parlement, dans le cadre de ses activités, mobilisera ses homologues des autres pays en vue de promouvoir efficacement le débat sur les questions spécifiques à leurs pays respectifs, je voudrais à cet égard évoquer, entre autres, les questions relatives au commerce extérieur, aux négociations avec l’Union européenne et à la dette extérieure de l’Afrique. Par ailleurs, cet organe aura à jouer un rôle crucial dans les efforts visant à faciliter la libre circulation des personnes et des biens au sein de l’espace de l’Union africaine. En effet, les domaines d’intervention de cet organe sont larges. Toutefois, pour jouer un rôle efficace, cet organe doit passer par une restructuration étant donné l’importance qu’il revêt pour l’organisation interne et ses délibérations. Le Parlement doit d’urgence approuver son Règlement intérieur. De même, il serait approprié et souhaitable qu’au cours de ses sessions initiales, le Parlement accorde une large place au NEPAD pour avoir une connaissance approfondie de ce programme afin d’inclure les priorités du NEPAD dans son Plan d’action. Nous voudrions également suggérer que le Parlement organise des sessions de réflexion avec les différents organes de l’Union et les communautés économiques régionales, afin d’adopter des stratégies et des moyens plus appropriés d’établir des échanges entre-eux.
Le lancement du Parlement panafricain permet à l’Afrique de réaffirmer sa dignité. Cet événement donnera tort à tous ceux qui pensent que l’avenir de l’Afrique est sombre. Ainsi, le monde entier observe et attend de voir quelle valeur ajoutée cet organe apportera à notre projet de construire une Union africaine forte et prospère qui sera un partenaire fiable des différentes régions du monde. L’Afrique a déjà prouvé sa capacité de lever les défis. Malheureusement, il s’avère que nous avons à le prouver tous les jours de notre existence. Cette gratuite responsabilité nous incombe à tous. J’ai la ferme conviction qu’aujourd’hui, comme par le passé, nous réussirons. Le jour de l’Afrique se lèvera. Ce jour se lèvera car pour les hommes, les femmes et les jeunes africains unis autour des idéaux pour lesquels nos héros ont combattu et ont perdu leur vie, nous ne pouvons aspirer qu’à une victoire certaine. I thank you
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